Les turbulences effraient souvent les passagers, mais il s’agit d’un phénomène naturel bien connu des scientifiques et maîtrisé par les pilotes.
Pourquoi l’air se met-il à trembler ?
Une turbulence correspond à un mouvement désordonné de l’air, un peu comme un filet de fumée qui se brise en volutes irrégulières. Elle peut survenir à toutes les altitudes, mais trois grandes causes expliquent la plupart de celles rencontrées en avion :
- Les montagnes : comme les vagues qui se brisent sur une plage, l’air forme des remous en franchissant une chaîne montagneuse.
- Le jet stream : ce courant d’air rapide, situé en altitude près des pôles, crée des cisaillements entre masses d’air aux vitesses différentes.
- Les tempêtes : leur développement brutal repousse l’air environnant et provoque des turbulences parfois très loin de leur centre.
Ces conditions donnent parfois naissance aux fameuses « turbulences en air clair », soudaines et invisibles, responsables des incidents les plus sérieux. Entre 2009 et 2023, elles ont causé des blessures graves à une quarantaine de passagers et plus de 160 membres d’équipage, selon l’aviation civile américaine.
Peut-on les prévoir ?
Les prévisions météorologiques et les comptes rendus des pilotes permettent d’éviter certaines zones, mais ils restent approximatifs. Pour améliorer la précision, des chercheurs du National Center for Atmospheric Research (NCAR) ont mis au point un algorithme embarqué sur de nombreux avions long-courriers.
En analysant en temps réel les données de vol (pression, vitesse, angle de roulis…), il établit un niveau de turbulence et transmet l’information aux systèmes météorologiques. Cette technologie, déjà adoptée par certaines compagnies et proposée par Boeing, devrait bientôt s’étendre à l’international.
Les turbulences peuvent-elles faire tomber un avion ?
C’est la crainte la plus répandue… mais infondée. Comme le rappelle l’ingénieure aéronautique Marilyn Smith, les avions sont conçus pour résister à des forces bien supérieures à celles rencontrées en vol. Leurs ailes sont flexibles pour absorber les contraintes, et les composants critiques sont testés et surveillés en permanence.
Si les turbulences rendent les trajets inconfortables et coûteux (retards, changements de trajectoire, surconsommation de carburant), elles ne mettent pas en danger la structure de l’appareil.
Et demain ?
Le changement climatique pourrait aggraver la situation. Selon le chercheur britannique Paul Williams, les turbulences en air clair pourraient doubler d’ici 2050-2080 en raison des modifications du jet stream. Les constructeurs comme Airbus intègrent déjà ces projections dans leurs études pour renforcer la résistance des futurs avions.
Comment mieux vivre les turbulences ?
Quelques conseils permettent de réduire l’inconfort :
- Privilégiez les vols matinaux et un siège à l’avant, où les secousses sont moins fortes.
- Gardez toujours votre ceinture attachée, même lorsque le signal est éteint.
- Évitez de transporter enfants ou boissons pendant les secousses.
- Prévenez le personnel navigant si vous êtes anxieux : ils pourront vous rassurer et vous informer.
- Enfin, des applications comme MyRadar ou Soar offrent des prévisions de turbulences pour les voyageurs les plus inquiets.
Comme le résume l’hôtesse de l’air Heather Poole :
« La peur vient surtout du manque de contrôle. Mieux comprendre ce qu’il se passe dans l’air permet de voyager plus sereinement. »
